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Plateforme collaborative pour l'art contemporain à Paris et en Île-de-France

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Architecture, planification urbaine et pédagogie : l’Open Raumlabor University


1. Floating University Berlin. Courtesy Raumlabor Berlin. Photo Victoria Tomaschko.


Créé en 1999, le collectif Raumlabor Berlin regroupe neuf architectes, urbanistes, artistes et paysagistes s’intéressant aux problématiques relatives au renouvellement et à la transformation du paysage urbain. Leur démarche, résumée par le motto “Bye Bye Utopia !”, consiste à imaginer des propositions allant à l’encontre des idéologies et des pratiques urbaines issues des années 1960 et 1970 et de l’idéalisme avec lequel était conçu le rôle de l’architecture dans la création d’une société harmonieuse. À rebours de cette approche holistique, le travail de Raumlabor, par sa nature même multidisciplinaire, se déroule sur une plus petite échelle. Centrées sur l’implication des habitants et sur la création de lien social, les interventions du collectif visent à réimaginer la structure et l’usage d’espaces délaissés, abandonnés ou laissés en état de transition suite à des transformations urbaines de grande échelle.


2. Eichbaumoper. Courtesy Raumlabor Berlin. Photo Rainer Schlautmann.


En 2009, dans le cadre du projet “Eichbaumoper”, Raumlabor installe un Opéra éphémère dans la gare de la ville de Eichbaum, située à l’intersection de deux axes routiers majeurs, et marquée par la violence et le vandalisme. Un an plus tard, avec “Open House”, le collectif construit un “village vertical” en bois dans le centre-ville d’Anyang en Corée du Sud, un projet immersif permettant d’aborder les questions de l’espace public et de la vie collective dans un contexte fortement marqué par le redéveloppement urbain. Si le collectif mène des activités de revitalisation urbaine, ces dernières sont toujours conçues en collaboration avec les habitants des lieux en question : à la réalisation des projets précède une phase de recherche qui implique la création d’un véritable lien social avec les acteurs locaux.


L’activité du collectif est également centrée sur l’éducation : depuis sa création, ses membres donnent des conférences, organisent des workshops et interviennent dans le cadre de formations universitaires. Mais plus important encore, la pratique multidisciplinaire de Raumlabor est conçue elle-même comme une activité de groupe, dans laquelle tous les participants ont le double rôle d’enseignant et d’apprenti à travers l’échange d’idées et l’exploration collective du paysage urbain.


Dans cet esprit, le collectif fonde en 2015 l’Open Raumlabor University (ORU) une institution éducative “fictive”, non-institutionnelle et autogérée dont le fonctionnement est axé sur l’organisation d’initiatives didactiques alternatives, souvent itinérantes et dont le format varie en fonction des thématiques abordées : aux workshops et aux débats s’ajoutent les excursions ou la construction d’espaces éducatifs éphémères. Représentant le pôle pédagogique de Raumlabor, l’activité de l’ORU en partage la méthodologie et les objectifs. Travaillant au croisement des pratiques architecturales et artistiques expérimentales et de la planification urbaine, l’ORU s’attaque aux questions relatives au renouvellement et à l'aménagement des villes et des territoires.


Dans le cadre de leur dernière initiative, appelée “The Floating University Berlin” (2018 - présent) l’ORU a investi pendant six mois un bassin de rétention d’eaux pluviales adjacent l’ancien aéroport Tempelhof, fermé depuis 2008, dans lequel Raumlabor a construit, à l’aide des étudiants impliqués dans le projet, une structure flottante et éphémère dotée d’espaces d’enseignement, d’un auditorium, ainsi que d’une tour-laboratoire consacrée à la filtration d’eaux pluviales. Le choix de ce lieu renvoie aux processus de transformation du paysage urbain dont font l’objet les principales métropoles contemporaines, et encadre également la thématique globale de ce projet, à savoir les façons dont les métropoles peuvent répondre à des questions urgentes, telles que le dérèglement climatique, la pénurie de ressources naturelles et le développement hyper-accéléré des villes.


2. Urban School Ruhr à Athenes. Courtesy Urban School Ruhr.


En 2016, l’ORU lance le projet “Urban School Ruhr”, un programme éducatif en accès gratuit et ouvert à tous, conçu en collaboration avec l’Urbane Künste Ruhr, une institution culturelle créé à la suite du projet Ruhr.2010, dans le cadre duquel la région de la Ruhr s’est vu attribuer le titre de capitale européenne de la culture. Le format pédagogique mis en place avec l’Urban School Ruhr vise à faire de la ville elle-même un campus : la première des quatre itérations de ce projet a vu les participants entreprendre des excursions dans la ville et dans les banlieues de Paris (Colombes, Saint-Denis, Montreuil, Noisy-le-Grand…). À l’aune des nouvelles politiques économiques, culturelles et sociales mises en place dans le cadre du projet “Grand Paris”, ce field trip parisien visait à explorer des espaces et à rencontrer des acteurs oeuvrant à l’encontre des approches verticales traditionnellement appliquées aux questions d’urbanisme, parmi lesquels le collectif La Main, l’association Bellastock et l’Atelier d’Architecture Autogérée ou encore des lieux tels que Les Grands Voisins dans le 15e arrondissement, le 6B à Saint-Denis ou Les Murs à pêches à Montreuil.


Toujours en 2016, l’expérience parisienne fut répétée d’abord à Marseille, puis à Athènes et à Liverpool, trois villes ayant vu apparaître une variété de projets artistiques et sociales participatifs suite aux transformations dont elles ont fait l’objet dans le cadre de projets de redéveloppement immobilier (le Housing Market Renewal Initiative à Liverpool), de la crise économique (à Athènes, où les participants ont participé à une assemblée organisée par The Silent University) ou alors après des manifestations artistiques telles que MP2013 à Marseille. À travers la confrontation avec des acteurs locaux, les participants sont appelés à imaginer des pratiques d’intervention urbaine alternatives, à réimaginer dans leur environnements proches.


Parmi les autres initiatives pédagogiques de l’Open Raumlabor University, Making Futures Bauhaus +, lancée en 2018 en partenariat avec l’Universität der Künste de Berlin, prend la forme d’une unité de recherche expérimentale s’inspirant de l’héritage du Bauhaus et de son approche radicale à l’enseignement de l’architecture. Dans le cadre de ce programme éducatif public, l’architecture est conçue à la fois comme une pratique collective et comme une ressource. Partant de ces deux parti-pris, Raumlabor et les étudiants participant au projet oeuvrent à imaginer la ville du futur au delà des dichotomies entre espaces publics et privés, lieux de vie et de travail, espaces ruraux et urbains, traditionnellement appliquées à la planification urbaine.


Aux “cursus” proprement dits, l’activité pédagogique de l’Open Raumlabor University conjugue des interventions plus éphémères dans des institutions artistiques. En 2017, le collectif conçoit l’installation Schools of Tomorrow pour l’Haus der Kulturen der Welt de Berlin afin de reconsidérer la configuration spatiale des classes, et par là l’organisation de l’enseignement en leur sein. Se concrétisant à travers des initiatives diverses, l’activité de l’Open Raumlabor University s’insère dans un contexte plus large jalonné d’initiatives portées par des collectifs d’architectes (Coloco ou l’Atelier d'Architecture Autogérée en Ile-de-France, Ctrl+Z en Espagne, Stalker/Osservatorio nomade en Italie, Center for Urban Pedagogy à New York, le Syn – Atelier d’exploration urbaine à Montréal) alliant l’expérimentation architecturale à des des formats pédagogiques alternatifs, sollicitant la réflexion collective et la participation.



Virna Gvero