Création de l’Unité d’Enseignement “Art et Optique” pour les étudiants de l’Université Paris-Saclay

Ce projet est né de la rencontre et des échanges entre Gaël Latour, maître de conférences, Université Paris-Saclay, UFR sciences, département de physique, Orsay, France, Mathilde Lavenne, artiste, actuellement en résidence à la Cité internationale des arts, Paris, France, et l’équipe de Societies. Il s’inscrit dans dans le cadre des missions artistiques que Societies mène actuellement sur le campus de l'Université Paris-Saclay.

T R O P I C S, Mathilde Lavenne, Film Full HD, 2018,


Descriptif du projet d'enseignement


Les sciences du patrimoine visent à apporter des connaissances aux restaurateurs du patrimoine, aux conservateurs et aux historiens de l’art sur les objets patrimoniaux. Ces connaissances sont rendues possibles par l'analyse de la nature des matériaux, de leur âge, ainsi que de leur état de conservation. L’imagerie scientifique occupe aujourd’hui une place centrale dans ces analyses car elle fait le pont entre l’appréciation visuelle de l’objet et des éléments liés à l’analyse scientifique.


Conçu sur le mode binaire, avec un apport théorique et des séances pratiques, cet enseignement propose d’aborder les problématiques de recherche du domaine de l’optique par un prisme innovant, en le confrontant à celles de l’art et à la rencontre avec la pratique d’une artiste. Parallèlement aux heures d’enseignement à l'Université, plusieurs visites de laboratoires de recherche experts dans le domaine des sciences du patrimoine seront proposées aux étudiants. Ces sorties occasionneront la rencontre avec des physiciens dans leur environnement de recherche, ainsi que la découverte d'équipements et d'outils spécifiques à la production de cette imagerie scientifique.


En croisant l’expérience artistique et l’expérience scientifique, la volonté de ce nouvel enseignement est d’éveiller les étudiants aux enjeux que posent la production et l’analyse d’une image. Comment s’exerce notre perception de l’image quand on la déplace de son champ de lecture ordinaire ? Quand d’objet témoin d’un phénomène ou d’un fait scientifique, elle devient source potentielle de récits artistiques en convoquant l’imaginaire de ceux qui l’utilisent et la manient ?


Déplacer son regard, percevoir la pluralité des significations et des occurrences d’une image, voici ce que les étudiants seront amenés à expérimenter durant les 12 séances de l’enseignement, avec pour aboutissement la création d’une œuvre collective, conçue et fabriquée avec l’artiste. Cet enseignement repose sur un binôme physicien‐artiste qui conçoit l’enseignement de bout en bout afin de s’assurer de sa pertinence et de sa qualité sur les deux volets disciplinaires.


Enjeux pédagogiques artistiques (Societies)


Il s’agira de voir comment recherche artistique et recherche scientifique peuvent dans leur processus, leur dimension expérimentale, voire l’application de méthodologies singulières, se rejoindre et s’alimenter respectivement.


L’histoire de l’art et des sciences a largement démontré que l’acte de création de l’artiste par la technique du dessin, la manipulation et l’agencement de données formelles, consiste en soi à faire de la recherche. Et, réciproquement, la recherche scientifique n’a cessé de contribuer à dessiner le monde qui nous entoure grâce à l’invention d’instruments performants d’analyse, de captation, de médiation, etc.


En détournant les matériaux et outils scientifiques de leur fonction originelle pour produire les éléments plastiques de son œuvre (récupération de banques visuelles, échantillonnage, collage) l’artiste opère un geste critique qui questionne la valeur du discours sur l’image et la finalité de son application. Le scientifique, lui, pour inventer des langages capables d’illustrer ses découvertes doit faire preuve d’ingéniosité ; il convoque l’imaginaire de la science pour faire progresser la recherche.


Ainsi, puisqu’il est dans les deux cas question de pertinences (subjectives) et de narrativité, de quelle “vérité” l’image est-elle la garante ? Quels problèmes éthiques et esthétiques se posent lors de sa production (chez l’artiste, chez le scientifique) ?


Selon quels critères et grilles d’analyse l’interpréter ? Comment s’opère le point de basculement du passage du discours scientifique au discours poétique, du regard scientifique au regard artistique ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre avec les étudiants, en proposant des séances de cours impliquant des phases d’apprentissage théorique, d’observation et de manipulation dans le cadre d’une journée de travaux pratiques menée par l’artiste Mathilde Lavenne.


Enjeux pédagogiques scientifiques - approche physique (Gaël Latour)


  • Apparence visuelle, couleur et colorimétrie

Ce volet est centré sur l’interaction entre la lumière et la matière et sur la perception humaine de la couleur. En particulier sur le rôle de l'optique dans l'apparence d'une œuvre (influence de la source de lumière, propriétés de diffusion de la lumière (Rayleigh et Mie), les origines de la couleur (absorption, diffusion, couleurs structurales par interférences)). Les outils et les notions nécessaires à la caractérisation de la couleur sont présentés : spectroscopie dans le domaine visible, colorimétrie.


  • La lumière comme outil d’analyse

Nous proposons l'étude de l’utilisation de la lumière comme outil d’analyse des matériaux dans le domaine des sciences du patrimoine. La lumière est à la base de nombreuses techniques d’analyse, nous pouvons par exemple citer : la spectroscopie dans le domaine du visible ou de l’infrarouge / l’imagerie (OCT, hyperspectral, infrarouge, techniques de microscopie) / la fluorescence.


  • L’analyse scientifique et les laboratoires de recherche

Afin de rendre concrète la prise d’images scientifiques, les étudiants visitent plusieurs laboratoires de recherche (IPANEMA et le synchrotron Soleil (Saint-Aubin), le Laboratoire d’Optique et Biosciences (Ecole Polytechnique, Palaiseau), le Centre de Recherche sur la Conservation (MNHN, Paris). Dans la mesure du possible, la prise d’images est faite en leur présence afin de prendre conscience des conditions d’acquisition, des contraintes éventuelles liées à l’expérimentation. La visite des laboratoires et les discussions avec les chercheurs permettent de découvrir des instruments scientifiques mais également l’environnement de la recherche.


Mode d’intervention artistique (Mathilde Lavenne)


Après avoir initié ma pratique artistique autour du dessin, j’oriente en 2011 ma démarche vers les technologies émergentes et les outils numériques par l’écriture de courts-métrages et la réalisation d’installations numériques sonores et interactives. En 2017 je suis diplômée du Fresnoy studio national des arts contemporains après deux années de recherches autour de l’image. J’y côtoie différentes spécialités et commence à intégrer dans ma pratique le croisement entre les disciplines notamment auprès de groupes de recherches en sciences et technologies. Ces rencontres transforment mon rapport à l’image et me permettent d’approcher certains phénomènes non perceptibles à l’humain, notamment en détournant certaines techniques de captation d’images. A l’instar des films expérimentaux de sciences à l’origine du cinéma, je pense que la vidéo et l’imagerie scientifiques comme des outils pour ré-enchanter le monde et interroger la production des savoirs.


Ma démarche formule des questions sur notre manière d’observer en déplaçant le regard et en créant des erreurs, des confrontations au hasard et à la sérendipité. Comment les étudiants se réapproprient leurs propres outils et les détournent ? Inversement, pourraient-ils également détourner les miens et réinterpréter ma façon de voir les choses d’un point de vue scientifique ?


Mon dernier film SOLAR ECHOES s’inscrit dans une continuité de recherche autour du rayonnement cosmique et d’un hyper-objet industriel, une centrale thermo-solaire andalouse dont l’architecture évoque d’anciennes gravures alchimiques. De son rayonnement nous parvient la voix d’un physicien de l’antimatière évoquant ses réflexions sur l’effondrement, le temps, l’énergie, l’histoire de l’alchimie. Comment l'image et les différentes perceptions d'échelles nous amènent à observer un objet ou un phénomène depuis un autre point de vue ? Quelle est la marge d'erreur du chercheur, et pour quelle objectivité de l'image technique ? A quel endroit le savoir scientifique rencontre-t-il la fiction ? En étroite concertation et collaboration avec Gaël Latour ces réflexions pourront être transposées dans le cadre des questions qui animent le cours.


Pour amorcer et contextualiser cet échange, l’intervention artistique fera dans un premier temps l’objet d’une présentation de mon travail. Ensuite, une projection de mes films et installation sera suivie d’une discussion durant laquelle les étudiants seront amenés à prendre la parole pour s'exprimer sur leur parcours et leur rapport à la recherche. Cette dynamique active de mise à contribution de leurs recherches et de l’évolution de leur point de vue sera convoquée notamment lors de l’accompagnement et de la médiation des visites sur le site de la Cité Internationale des arts et sur les différents sites de recherche scientifique. L’enregistrement vidéo et sonore ainsi qu’une prise de notes en images, archives, documents visuels et sonores pourront faire l’objet d’une restitution ou servir de matière à la documentation de leur projet.


Dans la continuité de mon travail de vidéo, le projet que je mène cette année à la Cité Internationale des arts porte sur le rayonnement cosmique et l’histoire de la radioactivité. Dans ce cadre, je travaille conjointement avec une équipe de chercheurs de l’université de Mexico et du CERN à Genève. Je m’intéresse aux méthodes de captation du rayonnement et notamment la spectrographie, l’infrarouge et la fluorescence. Cette dimension de recherche artistique s’intègre parfaitement dans le cycle de cours de l’UE, “Arts et optique”. C’est pourquoi la pratique et la conduite de travaux collectifs artistiques avec les étudiants est envisagée autour de l’exploration des outils qu’ils seront à même de maîtriser pour leurs recherches. Je les accompagnerai dans la manipulation de ces images en vue de produire différents gestes artistiques encadrés.


Cet enseignement sera dispensé pour la première fois au seconde semestre de l'année scolaire 2020-2021 aux étudiants de L3 de la filière “physique et applications” de l'Université Paris-Saclay, et a vocation à devenir pérenne.




Jeanne Turpault


2020-12
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DIAPOS-PRESENTATION_UE-ART-OPTIQ • 690KB